M. a quitté l’Erythrée en novembre 2014, à 18 ans, pour échapper au service militaire. Elle est passée par l’Ethiopie, le Soudan, la Libye, puis a rejoint l’Italie par mer. Après avoir passé une semaine en Italie, elle est arrivée à Kreuzlingen, en juin 2015. Durant son voyage, elle a été kidnappée, agressée, et violée.
La Suisse n’est pas entrée en matière sur sa demande d’asile et a décidé en septembre 2015 de la renvoyer en Italie en invoquant les accords Dublin. En octobre 2015, M. est renvoyée à Milan. Elle y reste 7 mois, avant de revenir en Suisse en mai 2016. Elle s’adresse d’abord aux autorités cantonales de Zurich puis à Vallorbe. Leur seule réponse est de lui dire de repartir en Italie. Le 16 août 2016, elle adresse une demande de reconsidération au SEM. La réponse, négative, est datée du 10 novembre 2016.
Voici un extrait du témoignage de M., tel qu’il figure dans le dossier envoyé au SEM :
Je suis arrivée à l’aéroport de Milan depuis Zurich, on a pris mes empreints et on ne m’a pas dit où aller depuis l’aéroport, on m’a juste dit de partir. Il y avait avec moi des autres personnes renvoyées, je les ai suivies et je suis arrivée en ville. Mais je ne savais pas où aller. Personne ne m’a expliqué, j’était complètement perdue et seule. Il n’y avait aucun Érythréen parmi les personnes renvoyées en même temps que moi, j’étais aussi la seule femme. […] Je suis restée dans la rue. Je ne savais pas où aller ni à qui demander de l’aide. J’ai mendié pour obtenir à manger, mais il y a des jours où je ne pouvais pas me nourrir. Je suis restée comme cela sept mois, et toujours des choses affreuses m’arrivaient. […] je n’ai pas pu voir de médecin, qui aurait-pu m’aider à trouver un médecin, à fixer un rendez-vous ? Je ne comprenais pas du tout la langue là-bas. […] J’étais tellement mal, je ne me souviens même pas bien de ces moments. J’étais désemparée, je ne savais pas quoi faire. J’ai été agressée tellement de fois par ces hommes, j’ai été violée dans la rue beaucoup de fois, je ne veux pas me souvenir de ces moments. […] J’ai essayé au bout de quelque temps de m’adresser à un centre de réfugiés, c’était l’hiver, il faisait froid, mais ils m’ont dit que je n’étais pas connue. Je ne savais pas la langue, ils ne m’ont pas donné l’occasion d’expliquer ce que je vivais, je n’ai eu aucune information pour me soigner. […] J’étais très déprimée, c’était très lourd, pour moi ce qui m’est arrivé en Italie est la pire chose qui ait pu m’arriver, je n’avais jamais imaginé cela. J’ai quitté l’Érythrée car je me sentais dans l’insécurité, je voulais une vie en sécurité, et c’est le contraire qui m’est arrivé. […] Je ne peux pas imaginer repartir en Italie.

Une femme soudanaise et ses deux enfants (7 et 12 ans, scolarisés). Ils sont arrivés en Suisse en septembre 2016. Leur demande d’asile a été refusée par le SEM quelques mois après: la famille avait été enregistrée avec la prise des empreintes digitales lors de leur arrivée en Italie. En février 2017, la mère a été convoquée à la Justice de Paix à l’adresse de sa marraine, Janine Resplendino, ex-municipale lausannoise: ils ont été assignés à résidence à l’EVAM avec ses enfants alors qu’ils n’y résidaient plus et ont été placés dans une nouvelle ville loin de l’école où ils sont scolarisés. Ils attendent dans l’angoisse leur renvoi en Italie.

F. Une femme érythréenne de 24 ans. Elle a fui l’Érythrée après 2 ans de service militaire obligatoire dans une prison du gouvernement érythréen au nord du pays. Elle a traversé le Soudan, la Libye et elle a pris un bateau pour rejoindre les côtes italiennes. Dans la mer, ils ont été sauvés par un navire de sauvetage italien. Les autorités italiennes lui ont pris les empreintes digitales sur le bateau de sauvetage sans aucune explication. Elle a traversé l’Italie en 4 jours et elle est arrivée en Suisse en juillet 2016. Elle a rejoint son fiancé, au bénéfice d’un permis F réfugié, qui habite dans le canton de Fribourg. Après quelques mois, le SEM a refusé d’examiner sa demande d’asile en vertu des accords de Dublin: l’Italie est responsable de sa demande d’asile parce qu’elle a été enregistrée en Italie. Le SEM a aussi refusé la demande de regroupement familial faite par son fiancé. Parrainée et défendue par deux professeurs universitaires (Junod Philippe et Helena), elle lutte contre le renvoi en Italie et les pressions constantes du Service de la population. Le 14 février 2017, sur mandat du SPOP, trois policiers vont à leur domicile pour l’amener à la justice de paix. Assignée à résidence, elle est obligée de se rendre au foyer de l’EVAM de 22 h à 7 h du matin. Un renvoi forcé vers l’Italie se prépare… Mais après trois jours le SPOP a levé l’assignation à résidence suite à une erreur administrative. Le délai pour le transfert vers l’Italie est désormais échu. Après 6 mois de menaces et de pressions pour le renvoi en Italie, sa demande d’asile sera examinée en Suisse.